Commentaire sur l’Evangile du 6 octobre 2024

Commentaire de l’Evangile selon Saint Marc (6, 25-34) lors de la messe du dimanche de la Création du 6 octobre 2024

Je vous propose aujourd’hui, sous l’éclairage de l’évangile que nous venons d’écouter, de nous interroger sur la valeur que nous accordons à la Vie.

Nous aborderons cette question à travers trois axes de réflexion.

Premièrement, quelle valeur accordons-nous à ce que chacun ait sa part ?

Deuxièmement, quelle valeur accordons-nous aux objets de consommation ?

Troisièmement, quelle valeur accordons-nous à l’instant présent ?

Commençons par questionner la part de chacun.

Quand Jésus nous dit de prendre exemple sur les oiseaux qui ne sèment pas et ne moissonnent pas, nous encourage-t-il à rester tranquillement dans le canapé à regarder la télé en attendant que le livreur sonne pour nous apporter à manger ? 

Un oiseau qui resterait planté sur sa branche à attendre qu’une graine lui tombe dans le bec ne vivrait pas bien longtemps. 

Il nous suffit d’observer les oiseaux au printemps pour se rendre compte de leur courage.

Ils ne s’arrêtent pas de chercher une brindille, un ver. Il n’y a pas la place pour une sieste. Ils font leur boulot d’oiseaux. Et la régulation naturelle fait que les naissances correspondent à la quantité de nourriture disponible. Cet équilibre fonctionne.

Pour autant, on n’a jamais vu d’oiseau planquer des graines pour éviter que d’autres n’y aient accès. On n’a jamais vu d’oiseau manger plus que sa part à s’en rendre malade. Ils se contentent de leur part de graines ou de vers. 

Qu’arriverait-il à toute une population d’oiseaux si quelques mésanges décidaient de cacher dans une mangeoire inaccessible aux autres la totalité des graines de tournesols qu’elles trouvent ? Elles ne les mangeraient pas, non, elles n’auraient pas assez faim pour ça mais ne permettraient pas aux autres mésanges affamées d’y avoir accès. Comme ça, au cas où elles auraient un petit creux, un jour, elles y auraient accès immédiatement. Bon, le stockage ne serait pas fou et beaucoup de graines seraient jetées une fois pourries et donc même plus capables de donner un nouveau tournesol.

Prenons conscience du fait qu’en prenant plus que notre part, c’est la part d’un autre que nous prenons dans l’équilibre mondial.

Nous pouvons ensuite explorer la valeur que nous accordons aux objets de consommation et leur coût caché.

Nous avons parlé jusque-là de la part de chacun et des conséquences pour les autres du choix de certains individus de prendre plus que leur part.

Mais encore, ce « plus que notre part » après lequel nous courrons a un coût que nous ne voyons pas toujours. Notre société nous demande de courir toujours plus et plus vite avec la conséquence dramatique que nous voyons autour de nous, l’épuisement et le burn out.

Individuellement ce n’est déjà pas toujours rentable. Au niveau de la justice climatique et sociale, c’est encore pire. Prenons l’exemple d’une personne qui achète et fait produire des objets dont elle n’a absolument pas besoin, piège dans lequel je tombe, moi aussi. Au niveau climatique, ce choix participe à une aggravation du dérèglement des phénomènes météorologiques avec les conséquences humaines que nous avons dû traverser lors des inondations à l’été 2021 et que d’autres subissent partout sur la planète. Au niveau social, ce choix aggrave les injustices en soutenant un système d’exploitation d’êtres humains, de destruction de l’habitat humain et de la faune sauvage. 

Est-ce que ça a du sens de ne plus avoir le temps de se voir pendant l’année tellement on travaille, et tout ça juste pour pouvoir s’offrir un très gros cadeau à Noël ?

Jésus nous invite à prendre le temps de nous recentrer sur l’essentiel.

Est-ce que le moineau se tracasse d’avoir un nichoir d’une plus belle couleur que celui de son voisin ou d’avoir des graines calibrées en jetant les autres ? 

Ne pouvons-nous pas trouver de la joie dans des moments simples et non dévastateurs des ressources ?

Le plus important n’est-il pas d’être ensemble ?

Notre troisième axe de réflexion est la valeur que nous accordons à l’instant présent. Ces derniers temps, nous sommes témoins de guerres et de catastrophes climatiques et c’est dur. Evidemment, on s’inquiète de l’avenir de nos enfants. Mais comme le dit l’évangile « Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? ». L’éco anxiété n’apporte pas plus de solutions que le déni et est inconfortable voire destructeur. Chaque fois que nous laissons nos choix et nos décisions être guidés par nos peurs, nous ouvrons la porte à l’égoïsme, la colère et la haine. Nos peurs et nos réactions de repli ne nous permettent pas de profiter pleinement de la beauté de la Création et nous empêchent de vivre la joie de la rencontre de l’Autre dans ce qu’il a de beau et de différent. Nos craintes et nos anticipations ne nous permettent pas de nous émerveiller de ce que nous vivons de beau.

Oui mais quoi ? Tout est foutu ? On retourne dans le canapé et on se fait livrer tout et n’importe quoi ? 

Non, on prend exemple sur les oiseaux qui font leur part, ni plus ni moins. Ils ne se tracassent pas de savoir si l’abeille n’a pas oublié de polléniser les fleurs ce matin, ni si les brindilles ont poussé bien droit. Ils ne se morfondent pas toute la nuit en se demandant si ça ira demain. Mais tous les matins, ils se lèvent et chantent, égayent le matin de millions de gens, sauvent les récoltes de beaucoup de maraichers en les débarrassant de limaces et de campagnols. Si eux qui sont si petits et ont dit-on des cervelles de moineaux peuvent tant, nous pouvons certainement de grandes choses ! L’évangile nous le dit : « Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? ».

Osons mettre L’Espérance, la Confiance et l’Amour au centre de nos vies pour aller à la rencontre sincère de celui qui est différent de nous, de celui qui est seul, de celui qui a peur, de celui qui souffre, de celui qui a faim, de celui qui a froid, de celui qui n’arrive plus à espérer…

La question était de savoir la valeur que nous accordons à la Vie.

Nous pouvons nous demander la valeur que nous accordons à la vie d’autrui pour choisir certains jours d’économiser quelques euros plutôt que d’exiger que cet Autre puisse avoir une vie et un emploi dignes d’Humanité.

Nous pouvons nous demander la valeur que nous accordons à la nôtre pour accepter parfois de passer du temps pour des choses qui n’ont ni importance, ni valeur ni même du sens à nos yeux. 

Nous pouvons nous demander la valeur que nous accordons à notre vie pour choisir certains jours de la fuir au lieu de la construire.

Je vous invite à vous arrêter, prendre un moment de pause avant votre prochaine décision et vous poser cette simple question : 

« Qu’est-ce qui me guide, l’Amour, la Confiance et l’Espérance ou ma peur de manquer sur cette terre ? »

Mathilde KERVYN, paroissienne et membre du Service diocésain de l’écologie intégrale du diocèse de Liège

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