Les commentaires que je vous lirai sont extraits du livre « le retour de l’enfant prodigue » de Henri Nouwen
Le jeune homme que le père tient dans ses bras et qu’il bénit est un pauvre, un très pauvre homme. Il a quitté la maison plein d’orgueil et bourré d’argent, déterminé à vivre sa vie loin de son père et de sa communauté. Il revient avec rien : son argent, sa santé, son honneur, le respect de lui-même, sa réputation…tout a été gaspillé.
Et moi ? qu’ai-je fait des grâces que j’ai reçues en héritage ? Qu’ai-je fait des fruits de la nature et de la générosité des autres ?
Rembrandt laisse peu de doute quant à sa condition. {…}Le père ainsi que l’homme à la haute taille qui observe la scène portent de grandes capes rouges qui leur confèrent prestige et dignité. Le fils agenouillé est sans manteau. La tunique déchirée couvre à peine son corps épuisé de fatigue. La plante de ses pieds raconte l’histoire d’un long et humiliant voyage. Le pied gauche, dont la sandale est détachée, porte des cicatrices.
Quelles sont mes cicatrices physiques ou morales qui me rappellent des moments de souffrance ? Puis-je les déposer devant le Père et vous tous ici autour de moi ?
Même au milieu de sa déchéance, il s’était accroché à la vérité qu’il était le fils de son père. C’est cette condition de fils, estimée et jamais oubliée, qui l’a finalement décidé à revenir… La véritable faute du héros de l’histoire n’est pas tant d’avoir dépensé toute sa fortune…La grave erreur qui a entraîné sa misère et sa désolation, c’est d’avoir en ce pays lointain oublié d’où il venait, c’est-à-dire moins la famille terrestre que l’ascendance céleste. De cette lignée spirituelle il devait se rendre digne et sur terre se porter garant, se savoir infiniment responsable.
Cette année, le jour du dépassement pour la Belgique est tombé le 27mars. Ce qui signifie que si la population mondiale vivait comme les belges, nous aurions épuisé les ressources capables de se régénérer en un an. Nous avons donc, depuis jeudi, dilapidé notre part d’Héritage. Il est juste et bon que nous soyons rassemblés ici aujourd’hui pour nous questionner et avancer ensemble vers le Père. Il est important d’accepter de revenir vers lui avec toutes nos blessures, nos peurs, nos souffrances et oser humblement demander à pouvoir reprendre notre place juste dans sa maison en lien et respect avec toute la Création.
Comment redonner Vie et sens à notre relation de confiance avec le Père ?
Souvent ce tableau n’est représenté qu’avec sa partie gauche où l’on voit le père qui embrasse son fils prodigue. C’est alors faire voir ce tableau comme une œuvre touchante et rassurante. Mais quand on découvre ce tableau dans son ensemble, on mesure la complexité de cette réunion. L’observateur principal qui est à la droite du tableau est le fils aîné. Il regarde le père, mais sans joie. Il ne s’avance ni ne sourit, et n’exprime aucun accueil. Il se contente d’être debout, sur le côté de la plateforme, apparemment peu désireux de bouger. C’est vrai que le retour est l’événement central du tableau, toutefois, il n’est pas situé au centre même de la toile. Il est représenté sur le côté gauche du tableau, alors que le fils aîné, grand et sévère, domine tout le côté droit. Il y a un large espace ouvert séparant le père de son fils aîné, un espace qui crée une tension qui demande à être résolue.
Et moi ? Ne suis-je pas parfois en tension avec Dieu ?
Dans la parabole, on peut s’imaginer le fils aîné debout dans le noir, refusant d’entrer dans la maison remplie de lumière et de sons joyeux. Rembrandt a exprimé tout cela par le jeu de la lumière et de l’ombre. L’étreinte du père, pleine de lumière, est la maison de Dieu…Le fils aîné se tient hors du cercle de cet amour, refusant d’entrer. La lumière sur son visage témoigne qu’il est appelé, lui aussi, à la lumière, mais personne ne peut l’y forcer.
Comment vivre quand on est perdu comme le fils aîné dans le ressentiment, quand on est pris par la jalousie, quand on est emprisonné dans l’obéissance et la soumission vécues comme un esclavage ?
La façon dont Rembrandt a peint le fils aîné montre qu’il ressemble beaucoup à son père. Les deux sont barbus et portent une grande cape rouge sur les épaules. Ces détails extérieurs suggèrent que lui et son père ont beaucoup en commun, et ce caractère commun est souligné par la lumière sur le visage du fils aîné, ce qui l’unit d’une façon directe au visage lumineux de son père. Mais quelle différence pénible entre les deux ! Le père est penché sur son fils prodigue. Le fils aîné est debout, figé dans sa posture accentuée par le long bâton qu’il tient à la main. La cape du père est large ouverte, accueillante ; et celle du fils pend le long de son corps. Les mains du père sont étendues et touchent le prodigue dans un geste de bénédiction ; les mains du fils aîné sont serrées l’une sur l’autre, tout contre sa poitrine. Les deux visages sont éclairés, mais la lumière sur le visage du père se répand sur son corps -surtout sur ses mains- et enveloppe son plus jeune fils dans un grand halo de chaleur lumineuse ; tandis que la lumière sur le visage du fils aîné est froide et ne rayonne pas. Son corps demeure dans la noirceur et ses mains fermées restent dans l’ombre.
Mes mains sont-elles ouvertes et aimantes ? Suis-je attentif à l’accueil que j’accorde à l’Autre ?
Quand on regarde la figure éclairée du fils aîné, et quand on voit ses mains dans l’ombre, on sent non seulement sa captivité, mais aussi la possibilité de libération. Cette parabole ne sépare pas les deux frères comme le bon et le mauvais. Seul le père est bon. Il aime ses deux fils. Il court à la rencontre des deux. Il veut que les deux s’assoient à sa table et participent à sa joie. Le plus jeune se laisse embrasser dans une étreinte miséricordieuse. Le fils aîné se tient à distance, regarde le geste de clémence de son père, mais ne peut pas encore surmonter sa colère et laisser son père le guérir, lui aussi.
Les ressources que nous avons reçues peuvent être une grâce ou une croix à porter. Si notre richesse nous pousse à construire des murs et nous isoler des autres par peur, comment venir à la fête ? Si nos ressources nous permettent, comme le père, une grande générosité et du partage, quelle belle fête !
Comment redonner vie et sens à ce qu’on reçoit ? Comment nos richesses nous mettent-elles en lien avec les autres ?
Rembrandt n’a pas fait le portrait de Dieu en vieux sage de la famille. Tout a commencé par les mains, qui sont différentes l’une de l’autre. La main gauche du père, posée sur l’épaule du fils, est forte et musclée… Cette main semble non seulement toucher mais, grâce à sa force, également soutenir. Même s’il y a de la douceur dans la façon dont la main gauche du père touche son fils, ce n’est pas sans une certaine fermeté.
La main droite du père est bien différente. Elle ne fait pas le geste de tenir ni de saisir. Elle est raffinée, douce et très tendre… La main repose légèrement sur l’épaule du fils. Elle veut caresser, cajoler, offrir consolation et réconfort. C’est la main d’une mère…
Le père n’est pas seulement un grand patriarche. Il est mère tout autant que père. Il touche son fils avec une main masculine et une main féminine. Il soutient et elle caresse. Il confirme et elle console. Il est vraiment Dieu, en qui la masculinité et la féminité, la paternité et la maternité sont totalement présentes.
L’Eglise s’ouvre à petits pas mais s’ouvre aux femmes. 3 ministères leurs sont désormais accessibles dans notre diocèse. Il est beau de voir que nous avançons ensemble vers une église plurielle et diversifiée.
Comment redonner Vie et sens à la présence de tous dans la liturgie ? Comment valorisons-nous les qualités, les charismes et les dons de chacune pour nous aider à avancer ensemble en communauté de foi et en communauté humain


