« La vie à la Rue »

« La vie à la Rue » au Cercle du Laveu 16/10/2014

Ce jeudi 16 octobre 2014, le Centre Liégeois de Service Social, Vivre Ensemble et Caritas Secours, à l’occasion de la journée contre la misère, une soirée sur le vécu des sans-abris.

L’an passé, une soirée avait été organisée autour du film « Joseph l’insoumis » qui retrace l’action de Joseph Wresinski dans les années 1950 en région parisienne et qui, par après, a fondé ATD Quart Monde.

Cette année, la soirée a été articulée en quatre temps.

La première partie a été consacrée à visionner le reportage de « Question à la Une » consacré sur la vie des sans-abris dans les rues de Bruxelles. Un journaliste de la RTBF s’est mis dans la peau de ces sans-abris pour six jours et a tenté de découvrir leur vécu. Ce document a été diffusé par la RTBF en décembre 2013, mais il peut toujours être regardé via le site A Revoir de la RTBF : Question à la Une

Il a été ainsi possible de découvrir les difficultés de ceux qui sont à la rue : où vais-je loger ce soir, que vais-je pouvoir trouver à manger, que va-t-on bien vouloir me donner comme petites monnaies, où trouver de quoi prendre une douche, laver mes vêtements, me soigner …. Le journaliste apprenti-sans-abri a fait l’expérience des organismes comme le Samu-Social, les CPAS, et d’autres qui veulent aider ceux qui sont à la rue, mais qui sont débordés et sont obligés de renvoyer à la rue un grand nombre des demandeurs … parfois sur base de la loterie : tu tires une carte rouge, tu peux rentrer, une noire, au revoir !

La seconde partie a été un temps de partage de personnes du quartier du Laveu et d’ailleurs qui ont connu, ou connaissent encore cette situation.

L’un deux sorti de la rue et de l’alcoolisme, a retracé son accueil au Sans-Logis et qui travaille maintenant comme bénévole à Amon Nos Hôtes.
Un second a retracé les mêmes difficultés et fait part sa volonté d’en sortir pour retrouver sa fierté. Depuis lors, il travaille dans le cadre d’un programme de réinsertion du fédéral.

Un autre sortait de l’expérience du théâtre de la place, où avant sa démolition, un collectif de bénévoles dont plusieurs, comme lui, sortaient de la rue, a mis en place des activités gratuites et a mis en scène une pièce qui a été présentée devant plus de 600 personnes et a décrit son expérience actuelle dans le cadre du squat d’un bâtiment laissé inoccupé par le fédéral, et dans lequel un autre collectif de bénévoles veulent s’investir pour offrir un logement aux exclus en respectant le bâtiment et en prenant en charge les frais.

Un dernier a parlé de son vécu de sans-papier, du passage dans un centre fermé, des points de chute qu’il a pu trouver, et de ses démarches officielles pour obtenir des papiers.

Tous les quatre ont mis en avant que devenir sans-abri est quelque chose qui peut arriver à tous, qu’ils ont rencontré des sans-abris venant de toutes conditions, et qu’ils ne s’en sont sortis que parce qu’ils voulaient en sortir pour eux-mêmes, en se prenant en charge eux-mêmes avec les moyens qu’ils pouvaient trouver, et tant pis si ces moyens sont parfois borderline.

La troisième partie de la soirée a été consacrée au document de présentation de l’association « Amon nos Hôtes » qui organise une cafétéria à petits prix, où toute personne qui profite du service peut s’impliquer bénévolement dans le fonctionnement de cette cafétéria. Grâce à ce volontariat, ANH peut assurer la qualité et les prix de ses services. En retour, ces bénévoles retirent la fierté du travail réalisé et une nouvelle intégration sociale, dans le cadre de cette activité sociale pour et par des sans-abris, mais au combien riche pour eux.

Cette présentation peut être vue sur le site Amon Nos Hôtes.

La soirée s’est terminée par une séance de questions-réponses.

L’an passé, lors de la projection du film Joseph l’insoumis » sur Joseph Wresinski, il avait été mis en avant l’importance de la prise en charge de leur destin par les sans-abris eux-mêmes. Joseph Wresinski avait été jusqu’à refuser la soupe populaire et les distributions de vêtements de peur de l’effet endormeur que cela pouvait avoir.

Cette année, les témoins et la présentation d’Amon nos Hôtes ont reflété la même démarche : se prendre en charge, reprendre pied dans une activité – tant pis si elle est hors normes.

Notre société est donc interpelée par le devoir d’aider ceux qui sont perdus dans la rue, ou dans l’isolement de leur chez-soi, et plus encore, par le devoir de mettre en place l’espace de liberté qui permettra à ceux qui ont décroché de se retrouver et de retrouver une activité valorisante, une fierté de soi-même.

Cela passera sans doute via « Amon nos Hôtes » et bien d’autres activités pour et par les sans-abris, une « économie parallèle », non dictée par la seule rentabilité économique, mais prenant en compte la valeur d’un être humain remis debout. Tout un programme.

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