LA PLACE DE L’EGLISE DANS LA SOCIETE ACTUELLE – Conférence au Sart-Tilman 30 mars 2017

LA PLACE DE L’EGLISE DANS LA SOCIETE ACTUELLE

Dans le cadre des conférences-débats organisées en l’église du Sart Tilman (Liège), le cardinal Jozef De KESEL, archevêque de Malines-Bruxelles, partagea sa réflexion sur la mission de l’Eglise dans la société actuelle qui n’est plus celle d’une culture chrétienne  homogène.

Jusqu’au 15ème siècle, la religion chrétienne a inspiré le droit, l’art, à l’époque, essentiellement religieux. La population vivait dans un monde chrétien ce qui ne veut pas dire que tous les humains étaient croyants.

La religion jouait un rôle déterminant dans la Culture.

 

Aujourd’hui, la Culture est sécularisée. Le christianisme n’est plus une religion culturelle.

La foi est une option libre pour chaque citoyen. Le pluralisme est bien présent ; il faut le reconnaître.

Le défi pour l’Eglise n’est pas d’entrer en confrontation avec d’autres religions, philosophies ou cultures. Mais, dans ce monde, l’Eglise a une mission ; elle ne peut se retirer, entrer dans la sphère privée.

 

Aperçu historique : Au début de l’ère chrétienne, nos régions n’étaient pas chrétiennes. Le christianisme est une religion d’origine étrangère, (importée) venue du Moyen-Orient où elle s’est développée et devenue importante aux 3ème et 4ème siècles en se coulant dans la culture antique (grecque, romaine) et la tradition monothéiste juive.

Aux 6ème et 7ème siècles, le christianisme s’implante progressivement dans nos régions. La population est attirée par le monothéisme juif et confortée par la personne du Christ. Alors, tout « baigne » dans le christianisme. L’Eglise est la seule à transmettre la culture antique et le monothéisme. Les monastères sont fondés avec leurs écoles. La société est chrétienne et ne connaît qu’une seule religion.

Au cours des siècles suivants, le changement se produit dans la foulée des Lumières, des guerres de religions (catholiques, protestants) qui s’achèvent par la Paix de Munster en 1648 ; alors, le citoyen prend la religion de son roi, prince, duc, ou comte ; ensuite, éclate la Révolution française, les sciences se développent et, enfin, est reconnue pour chacun la liberté de croire ou non.

 

Les chrétiens vivent à présent dans un monde non chrétien mais ils vivent dans le monde. Comment se positionner ?

Il faut accepter cette situation et vivre entouré par plusieurs traditions et reconnaître qu’une religion unique est même dangereuse. Ainsi, l’Islam, seule instance dans certains pays, qui impose sa Loi.

Alors que, durant plusieurs siècles, le christianisme avec sa tradition biblique a eu une influence énorme en Occident ; de religion culturelle, il n’a plus sa place centrale dans la Culture. La situation de l’Eglise a beaucoup changé.

Dans ce monde sécularisé, qu’elle est la place de l’Eglise, quel sens à livrer pour que foi et modernité ne s’excluent pas mutuellement ?

L’Islam nous montre le contraire ce qui entraine débats de société et débats politiques. Cette religion pourrait-elle vivre dans notre société ?

Comme l’a signifié le Concile Vatican II et « Gaudium et Spes », l’Eglise peut être présente dans le monde moderne.

 

Le Cardinal relève que l’homme est un être religieux, en recherche de sens. La religion chrétienne lui indique l’un des chemins au même titre que d’autres religions. Pour permettre la découverte de la religion chrétienne, celle-ci ne doit pas être confinée dans la sphère privée. On ne place pas une lampe sous le boisseau.

Notre société a besoin de la présence des religions au sein de la Culture moderne qui offre un cadre pour le vivre ensemble, notamment le respect des minorités.

Cependant, la modernité ne peut jamais s’affirmer elle-même comme une religion qui donne sens pour construire notre vie et la société. Quant au « Progrès », il est destiné à tout l’homme et à tous les hommes.

La modernité, avec l’Etat neutre, ne répond pas à l’interrogation : « Pourquoi m’engager ? Pourquoi agir ? » La société a besoin de personnes qui s’engagent car il n’y a pas de société sans engagement.

Pour le Cardinal il n’y a pas d’opposition entre foi et société mais il s’oppose à la « privatisation » de la religion car, outre que c’est naïf, c’est dangereux.

Pour lui, le christianisme constitue un patrimoine historique de l’Occident tout en insistant qu’il existe d’autres traditions  menant vers Dieu.

 

Avec émotion, il rappelle l’exemple de vie des moines de Tibhirine (Algérie) très bien relaté dans le film « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois. La vie de leur communauté cistercienne, confiée au père Christian de Chergé, se déroule dans la simplicité de l’Evangile, rythmée par les offices d’une très belle liturgie, dans une profonde solidarité avec les personnes de religion musulmane, soignant comme Frère Luc sans distinction entre les patients, sans prosélytisme suivant ainsi les traces du Père Charles de Foucauld.

Oui, la vocation de l’Eglise est d’être humble dans la diaspora, sans arrogance et d’agir pour que la société devienne plus humaine.

(compte-rendu de PHS)

Lire le petit traité d’espérance  « Il n’est jamais trop tard pour le plus grand Amour », de Michael LONSDALE (Editions  Philippe REY – Paris – 2016).

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