Belgique, une héroïne nonagénaire!

« Gardez ça pour les jeunes » Suzanne H.

« Une femme, quand elle est héroïque, ne l’est pas à demi ».

George Sand, Elle et lui (1859)

C’était il y a longtemps, dans un pays lointain, là où de simples citoyens se permettent d’écrire des lois usuelles au service du bonheur, de l’union libre, du don de soi et de la générosité. Là où les vieux se croient être les dépositaires d’un savoir encyclopédique venu du fond des âges. Là-bas, où le pain se chasse comme du gibier et où le bruit a remplacé l’espoir[1].

Bruit des casseroles, des pots d’échappement. Bruit des décibels à folle allure des véhicules de transport public, bruit du grésillement des torches des soudeurs branchées sur des prises clandestines, bruit de la foule qui crie au voleur et le voleur qui se mêle à la foule et crie encore plus fort. Là-bas, dans ce pays dont les villes ont une allure de Capharnaüm ; là-bas, mes professeurs de littératures et lettres grecque et romaine m’ont appris à apprécier l’héroïsme des femmes : Didon dans l’Énéide de Virgile ou Circé dans l’Odyssée d’Homère. Antigone, Andromaque, Iphigénie ou Électre, et tant d’autres. Ces femmes, tantôt rebelles, tantôt soumises et douces, parviennent à s’illustrer, bien qu’elles doivent généralement rester fidèles à leur rôle de mère, de sœur, de fille ou d’épouse. Elles se distinguent donc la plupart du temps par leurs qualités morales, leur noblesse d’âme, et non par des vertus guerrières. 

Les mots de ces professeurs Haïtiens ne m’ont jamais quitté. Néanmoins, il eut fallu cette fâcheuse pandémie et l’acte héroïque d’une nonagénaire, acte ponctué d’une phrase qui doit résonner à jamais dans nos cœurs : « Gardez ça pour les jeunes » ; pour me les remémorer à frais nouveaux. Même si, et je suis bien placé pour le savoir, les gestes héroïques ne manquent pas. (Et je pense à toi, femme, dont le prénom commence par : G, C, I, B, A, D, M, E, S, J, R, L, N, O, etc.

Pendant que l’un déclare qu’on est en guerre, une autre refuse son respirateur artificiel et souhaite le dédier à un plus jeune qu’elle. Un geste héroïque qui nous rappelle que les grandes déclarations ne font pas des grands hommes et ne constituent pas une preuve de grandeur d’âme ; mais le silence du cœur d’une femme et son action, même dans l’ombre, sont des points d’appui qui soulèvent l’humanité (Cfr. Archimède).

L’héroïsme, ce n’est pas une affaire de muscles ou d’accoutrement, c’est un élan du cœur dont rien ne peut arrêter. C’est une question de « grâce », à entendre comme charme, agilité, aisance, finesse d’âme. Qu’en dites-vous ?

Femmes, je vous aime !

                                  Rodney Barlathier


[1] Cfr. Lyonel Trouillot, La belle amour humaine, Actes Sud, p. 16.

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